V

Un vendredi matin, ciel bleu d’automne, la lumière est semblable à celle d’une fin de journée d’été; aviez-vous déjà remarqué cette similitude anachronique ?

Il y a au loin, un immense V qui se dessine dans le ciel.  Ce grand V n’est autre que le vol d’oiseaux en partance pour des provinces plus chaudes.

Migration automnale.

Il y a que ce départ de volatiles me bouleverse à chaque fois.

Il y a ce sentiment semblable à celui qui me saisissait quant à la fin des vacances partaient mes cousins et cousines chéris, et que je restais seule encore quelques jours. C’est alors que cet endroit, hier adoré car j’étais entourée de jeux, de rire, de joie, ce lieu, avait de ça de changé qu’il n’était plus habité par les mêmes personnes. Vidé de ses occupants, le voilà devenu tristesse et mélancolie infinies. Ce temps de rien, me ramène au même sentiment quand je regarde les oiseaux partir, intimement lié à la solitude.

 « Cette migration, ponctuelle a cela d’émouvant que l’oiseau n’est guidé que par son instinct, une réponse comportementale à des stimulations extérieures agissant sur des dispositions innées ». 

Il y a cet instinct qui est pour moi inintelligible car les humains ont fait fi de celui-ci au bénéfice d’une réflexion cérébrale qui les a éloignés de tout, du vivant, de l’autre, de la vie.

Ces animaux insignifiants, loin des élucubrations intellectuelles, me démontrent la toute puissance de la nature, sa justesse, son équilibre, sa suprématie sur notre impérialité humaine.

Qui de nous pourrait ainsi à un moment donné savoir qu’il faut partir ? Ou aller ? Et qui de nous saurait, par une fraternité profonde, s’entraider tout au long d’un tel périple ? Sans que guerre et discorde ne viennent frapper le groupe ?

Il y a la beauté de cette unité, son mystère.

Il y a le regroupement et le grand voyage qui s’en suivra.  

Il y a le temps de prendre le temps. Le temps d’être avec l’autre, pour l’autre, ensemble.

Il y a la fin de quelque chose, sans se retourner.  Aller de l’avant, quoiqu’il en soit. Je me vois envier cet instinct qui fait devenir extraordinaire car alors chaque sens est par conséquent à son paroxysme et vient se lier aux autres vivants, à la nature, à la vie.  

Il y a la solitude que j’ai éprouvée en regardant ses oiseaux partir, je me suis sentie envieuse de cette liberté et de cette fraternité qui les unissaient ; jalouse de cette harmonie. 

Il y a des jours, où, les oiseaux ont tout d’incomparables: ils volent, ils sont libres, ils sont unis, ils sont beaux, ils sont fragiles, ils sont mille fois ViVants.