J’aime

J’aime les petites filles qui mettent des serre-têtes oreilles de chat
j’aime les petits garçons qui portent des capes et qui ont dans leur regard la fierté de sauver le monde
j’aime les hommes qui ont toujours dans leurs yeux la fierté du petit garçon avec sa cape qui va sauver le monde
j’aime les petits pois à la mayonnaise et au sucre
j’aime conduire au soleil couchant, la fenêtre ouverte, accoudée, la main volant au gré de la vitesse
j’aime le vent de Bretagne
j’aime être face à la mer et ce refrain entêtant
j’aime le vent qui siffle sous les portes et qui fait tout devenir vivant
j’aime le bois qui craque sous les pas, dans la forêt, au grincement de mon vent chéri
j’aime les feuilles qui s’envolent en tornade juste devant moi
j’aime les tasses en porcelaine avec la petite coupelle en dessous
j’aime Sylvain Tesson
j’aime les nouvelles pousses sur mes plantes; cette magie me bouleverse à chaque fois
j’aime marcher pieds nus, tout le temps, toujours, dès que je peux
j’aime les chansons qui racontent des histoires
j’aime les épinards mais surtout la crème qui va avec
j’aime les écureuils insolents la queue en panache qui me fixent de leurs petites billes noires
j’aime les trucs gnangnans, la gentillesse et la douceur
j’aime déjeuner le dimanche matin, lentement, tranquillement
j’aime lire des livres au soleil de l’été
j’aime lire des livres au coin du feu
j’aime la routine
j’aime l’heureux hazard
j’aime l’odeur des draps séchés au soleil
j’aime ta main me caressant la joue
j’aime la douceur du regard de ma fille, ce depuis la première seconde de sa vie; et que j’ai enfin su ce qu’est un coup de foudre
j’aime me souvenir de ma fille petite, de son odeur de pain au chocolat, juste là, au coin de sa nuque
j’aime voir ma fille grandir.

Un jour, je vais mourir
j’aime l’idée que j’aurais mené ma vie comme un poème à la Prévert
absurde, belle, touchante, gaie et émouvante.